>>>Le rythme sensuel de l’île Maurice
Les esclaves ont été emmenés comme main-d’œuvre pour travailler dans les plantations de canne à sucre.
Photo: Bamba Sourang

Le rythme sensuel de l’île Maurice

C’est une danse d’esclaves qui est devenue le rythme officiel de tout un pays. Deux siècles après sa naissance, le séga fait fureur à l’île Maurice en fusionnant avec le reggae.
À

la fin de leur épuisante journée de travail dans les plantations de canne à sucre, les esclaves, principalement africains, indiens et asiatiques, qui étaient venus travailler sur l’île Maurice, avaient pour habitude de se réunir autour d’un feu de camp pour se reposer. C’était leur seul moment de liberté et ils le célébraient en dansant et en chantant, à la recherche d’un état de transe, caractéristique de nombreuses danses africaines. Nous étions au XVIIe siècle, au moment de la colonisation par les Hollandais de ce territoire jusqu’alors inhabité.

Lorsque ces hommes se retrouvaient, leur langue commune était la musique et la danse. Le résultat de ce mélange de mélodies et de chorégraphies reçut le nom de séga. Les esclaves improvisaient le rythme et dansaient de manière sensuelle pour “oublier” leur vie d’oppression. Aujourd’hui, ce sont le chant et la danse les plus caractéristiques de l’île.

Sega dancers
En général, les danseuses de séga portent des jupes volumineuses aux imprimés à fleurs d’hibiscus pour accompagner leurs mouvements.
Photo: Dmitry Chulov / Shutterstock, Inc.

« Oui, je le veux » en créole

L’île Maurice offre de nombreuses possibilités aux Occidentaux qui décident de se marier là-bas. Les hôtels incluent des forfaits nuptiaux et se chargent des démarches administratives, du banquet et, évidemment, de la musique. Les danseuses de séga apportent une belle touche colorée aux mariages sur la plage, où les fiancés et les invités sont tous vêtus de blanc.

Le séga n’a pas toujours de paroles mais, lorsque c’est le cas, ce sont les thèmes de l’amour ou de la pénurie des vaincus qui reviennent. À l’origine, ces esclaves chantaient la mélancolie de ce qu’ils avaient laissé derrière eux et se lamentaient sur leur condition. Ils pouvaient également choisir un thème plus optimiste et vanter les bontés de l’amour spirituel et charnel, en ayant fréquemment recours à des paroles et à des phrases à double sens. Leurs langues maternelles ont alors fusionné avec le français des colons, donnant naissance à la langue créole, utilisée dans la majorité des chansons de séga.

L’instrument principal du séga est la ravanne, un grand tambourin en peau de chèvre qui marque un rythme joyeux. Il est accompagné de la maravanne (également appelée kayamb), une boîte en canne à sucre contenant des graines ou des cailloux, et aussi de la serpe, une sorte de machette que l’on tape à l’aide d’une barre métallique, et d’un triangle. Des accords qui retentissent dans toute l’île Maurice : à la radio, dans les transports, dans les bars, pendant les fêtes populaires… Ces sonorités s’invitent même dans les mariages des touristes occidentaux qui ont décidé de se promettre l’amour éternel dans ce paradis.

Sega dancers
Bien que le séga se danse en couple, on voit actuellement beaucoup de chorégraphies uniquement avec des femmes, les hommes accompagnant les instruments.
Photo: Bamba Sourang

Le séga, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco depuis 2014, est une danse plutôt sensuelle. Elle se pratique en couple. Les deux danseurs descendent doucement sans arrêter de bouger, pour se retrouver à genou, face à face, mais sans se toucher, et en ne bougeant que le haut du corps. Les femmes portent de longues robes colorées et des jupons, et les hommes remontent leur pantalon et portent un chapeau de paille, qui évoque la tenue de leurs ancêtres.

Sega dancers
La ravanne se réchauffe sur le feu pour ramollir la peau et obtenir un son plus joyeux.
Photo: Jaques Rocca Serra

En réalité, le séga est typique sur toutes les îles Mascareignes, qui sont formées, en plus de l’île Maurice, par la Réunion, Agaléga et Rodrigues. Bien que cette danse ait évolué différemment sur chacune d’entre elles, elle conserve des racines communes à toutes.

Un nouveau sous-genre s’est imposé sur l’île Maurice : le seggae. Il s’agit d’un mélange de cette musique ancestrale avec d’autres rythmes comme le jazz ou le reggae. Il a été rendu célèbre par un artiste local prénommé Kaya, un nom de scène qui est un clin d’œil à un album de Bob Marley. La mort de Kaya, alors qu’il était emprisonné pour avoir fumé de la marijuana, provoqua une vague de manifestations et d’émeutes qui paralysa le pays pendant plusieurs jours. Il fut l’un des principaux représentants de la lutte pour les droits des Créoles, les descendants des premiers esclaves de l’île. L’esprit revendicatif de ses chansons était teinté d’une ambiance festive. Des siècles plus tard, le séga est toujours présent lors des fêtes qui sont organisées sur la plage.

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