>>>À dos de serpents dans le Kerala

À dos de serpents dans le Kerala

Au sud de l’Inde, l’eau des lacs bat au rythme des rames. Ce sont les régates des bateaux du Kerala, la chorégraphie la plus populaire du pays.
I
l y a 400 ans, les conflits entre les rois du Kerala se réglaient dans l’eau. Ils luttaient à mort à bord de l’un des navires qui parcourait les canaux de la ville. L’arme la plus puissante était le bateau le plus résistant. Devanarayana était le nom porté par l’architecte qui dessina le premier chundan vallam ou « bateau serpent ». Sa proue évoque un cobra qui lève la tête pour intimider sa proie. C’est le bateau de guerre traditionnel du Kerala.
Les bateaux-serpent peuvent uniquement être touchés par des hommes qui doivent être pieds nus.

Le Kerala est une fête

Le festival religieux d’Onam est le plus important de l’État du Kerala. Sa célébration se prolonge pendant 10 jours et coïncide avec diverses régates. L’Onam commencera le 13 septembre. La course de Payipadd (Alappuzha) et celle de Kumarakom auront lieu le 16 septembre. La régate d’Aranmula se déroulera le lendemain.

Aujourd’hui, même si la lutte n’est plus sanguinaire, le prestige et la renommée des villages sont toujours en jeu. Les régates des bateaux-serpent sont des compétitions annuelles organisées dans la ville d’Alappuzha, également appelée Alleppey, et surnommée la « Venise de l’Orient », ainsi que dans les environs. La course la plus importante est celle du Trophée de Nehru, qui porte ce nom en l’honneur de l’ancien premier ministre indien Sri Pandit Jawaharlal Nehru.
Le soleil d’août chauffe les eaux du lac Punnamada. La foule se presse sur ses rives, mais les meilleures vues sont réservées à ceux qui ont payé l’entrée la plus chère. Le silence est brutalement rompu. Les rameurs entonnent le Vanchipattu (le cantique des bateliers) pour marquer le rythme. C’est le seul jour de l’année où la quiétude abandonne les eaux du Punnamada. Dans chaque bateau, il y a une équipe et, dans chaque équipe, une centaine d’hommes. Ils portent un short et sont torse nu. Ils enfoncent leurs rames dans l’eau, parfaitement en rythme, et c’est alors que les serpents longs de 30 à 36 mètres rampent sur le lac. Les rameurs les plus forts sont placés à l’avant. Les timoniers se distinguent de ces derniers, car ils se tiennent debout ; certains d’entre eux portent des ombrelles pour se protéger du soleil. Tous sont pieds nus en signe de respect. Le trophée à remporter est une réplique en bronze d’un bateau serpent, mais le vrai prix est la fierté d’appartenir au village qui a atteint l’arrivée en premier.
Yamir travaille comme menuisier dans un village d’Aranmula. Toute l’année, il se charge de la maintenance des bateaux. « Je graisse la coque avec un mélange d’huile de poisson, d’huile de coco et de coquilles d’œuf, pour qu’elle résiste à l’eau ». Mais la décoration n’est pas de son ressort : ce sont les habitants de chaque village qui décorent leur chundan vallam, à vocation divine, à l’aide de cordons en or, de tissus et de drapeaux colorés.
L’Onam réunit des personnes de toutes les castes, religions et communautés.

Terre d’eau

Les backwaters (lagunes) du Kerala s’étendent sur toute la région en formant plus de 900 kilomètres de canaux navigables. C’est un écosystème d’eaux saumâtres, qu’il est possible de visiter en louant un kettuvallam, une barque traditionnelle utilisée auparavant pour transporter les grains en provenance des plantations de riz.

Si la régate du Trophée de Nehru est la compétition qui attire le plus les foules, la plus ancienne est celle du Champakkulam Moolam. Organisée à 25 kilomètres d’Alappuzha, elle marque le début de la saison des courses au Kerala. À 30 kilomètres de là, la régate Payippad Jalotsavam peut se targuer d’être la plus longue : pendant trois jours, les rameurs agitent les eaux cristallines du lac Payippad. L’affrontement n’a lieu que le troisième jour. Les deux jours précédents, les bateaux-serpent défilent sur l’eau en créant une procession colorée accompagnée de cantiques, où il n’existe aucune hâte ni rivalité. Seulement l’eau du Kerala qui vibre au rythme des rames.
Les bateaux qui parcourent les backwaters sont fabriqués avec du bois de cocotier et ils sont recouverts de bambou.

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